Adeline Spengler : « Je traduis les questions que je me pose en images »


Adeline Spengler vit avec l'image tous les jours. Surtout avec celles des autres puisqu'elle est directrice artistique dans la presse depuis de nombreuses années. Après avoir repéré ses magnifiques clichés et son univers plein de poésie, nous étions loin d'imaginer que cela fait peu de temps qu'elle est elle-même passée derrière l'objectif. Entretien.




DarQroom : Avec votre métier, vous voyez des images à longueur de temps. Est-ce votre passion pour la photo qui vous y a amené ou à l'inverse, cette profession vous a-t-elle donné envie de photographier ?

 

Adeline Spengler : Ma passion pour la photographie est très récente, cela fait deux ans que je m'y mets sérieusement. Je vois des images toute la journée effectivement, et ce depuis 15 ans en agence et dans la presse. Je suis toujours en contact avec les photographes. Mais ça n'a pas vraiment joué un rôle même si cela n'est pas arrivé par hasard. Je n'ai jamais imaginé être à leur place et j'étais plutôt spectatrice puisque j'allais voir des expositions. Le déclic s'est fait par les voyages qui me sont nécessaires, vitaux. J'ai commencé par la photo de souvenir, pour les proches. Je voulais des récits en images et j'ai adoré. Les limites techniques de mon compact m'ont frustrée. J'ai donc acquis un meilleur matériel. Maintenant c'est une passion dévorante.

 

 

DQR : Vous proposez beaucoup de clichés de papillons mais là où nous sommes habitués à voir des macros, vous abordez le sujet avec un style très onirique.

 

AS : L'histoire de cette série est un hasard. Il y a un an, je suis allée au comptoir général de Paris pour une expo. Il y a un cabinet de curiosités avec une vitrine remplie de papillons. L'endroit m'a fasciné mais je me suis focalisée sur les papillons, je ne sais pas pourquoi. Ils m'ont envoutée. J'y suis retournée plusieurs fois et j'ai eu envie de poursuivre la série. Ce lieu est complètement différent de ce que je montre, à la frontière de l'irréel. Il fait travailler l'imaginaire. Je me suis du coup intéressée aux papillons. Il y a un côté esprits voyageurs que j'aimais bien. Papillon et âme se disent de la même manière en grec ancien si j'en crois mes lectures sur Internet. C'est aussi un symbole de la métamorphose. Tout ça me parle.

 
 

DQR : Pour renforcer votre approche, vous utilisez une faible profondeur de champ...

 

AS : J'aime travailler avec le flou. J'essaie toujours d'être à la plus petite ouverture pour détacher un élément d'une globalité floue et irréelle. Je m'amuse beaucoup avec mon reflex à obtenir ce rendu même si je ne maîtrise pas tout. Cela donne ce côté onirique et fragile.

 

 

DQR : Mais pourquoi cette approche justement ?

 

AS : C'est le meilleur moyen que j'ai trouvé de m'exprimer. Je ne suis pas à l'aise avec les mots. Toutes les questions que je me pose, l'émotion, la fragilité, je les traduis plus facilement en images. Des choses se révèlent progressivement. Comme la perte de repères qui, d'ailleurs, rejoint ma passion pour les voyages.

 

 

DQR : Il y a néanmoins une de vos séries qui est à part, il s'agit du lightpainting...

 

AS : J'ai eu la possibilité de faire ça l'été dernier avec des amis. C'était une envie mais l'occasion ne s'était pas présentée. Ces images sont mes premiers essais et j'ai envie d'en refaire. C'est un travail sur le mouvement un peu aléatoire car réalisé avec des poses de 30 secondes. Même si c'est construit et dirigé, il y a un côté hasardeux.

 

 

DQR : Dans votre série « Tout ceci n'est peut-être qu'un rêve  », les images whats happening dénotent, en partie de par la présence humaine. Pourtant, l'esprit onirique est encore bien là comme une variation de techniques sur le même thème...

 

AS : Ce sont des autoportraits en série. Il s'agit d'une seule image travaillée en pose longue. J'aime cette technique et je vais poursuivre cet été avec un jeu sur les matières en bord de mer. Je m'aperçois au fil du temps qu'il y a beaucoup de choses récurrentes. Là, on est dans la quête de l'identité. Et c'est vrai qu'il y a peu d'humain dans mes images, à part moi.


DQR : Pourquoi ?

 

AS : Ça va venir. Je ne suis pas à l'aise pour photographier les autres. J'admire les photographes de portraits mais je ne m'en sentais pas capable. Je pars d'ailleurs à Arles pour faire un stage avec Diana Lui sur cette thématique. Je franchis un cap. J'ai découvert son travail par hasard et son approche m'a beaucoup intéressée. Et je compte bien faire des portraits oniriques !

 

 

DQR : Dans votre quête de récits en images, vous vous êtes essayé aux quadriptyques en noir et blanc. Poursuivrez-vous cette série ?

 

AS : Ce sont des images réalisées avec mon iPhone. J'ai eu des moments de frénésie pour shooter et je n'ai pas toujours mon reflex sur moi. Ce jour-là, il faisait froid, il y avait de la pluie... J'ai décidé de créer de petites histoires. Je n'ai pas enrichi cette série mais ça me plaisait. J'ai d'autres images comme celles-ci mais plus gaies et en couleurs mais je ne les ai pas mises en ligne. En fait, je publie, j'enlève, je re-publie... J'ai un regard critique sur ce que je fais. C'est vrai que la communauté DarQroom m'encourage, c'est agréable d'avoir des réactions surtout quand on a l'impression de faire cela tout seul et que l'on est rempli de doutes.

 

 

DQR : Vous êtes une passionnée de photo mais avez-vous envie d'aller plus loin ?
 

AS : Oui. Ma première exposition est programmée pour septembre normalement, à la caféothèque de Paris. Ce devrait être ma série sur les papillons ou de nouvelles images prises cet été. Et comme j'ai eu ma première vente cette semaine, ce qui m'a étonnée, j'ai l'impression que les choses s'accélèrent depuis le début de l'année. Cela donne envie de poursuivre et d'aller plus loin. Je suis frustrée par le peu de temps que j'ai à y consacrer. Du coup, j'ai beaucoup de projets en sommeil. A terme, cela me plairait d'être auteur photographe et de trouver un équilibre idéal avec mon travail. Vivre de la photo est un rêve difficile. Surtout que je veux rester dans MA photo même si vendre ne me fait pas peur. Il faut voir comment cela va se développer mais j'y crois.


 

DQR : La photographie contemporaine est très diverse. Quels sont vos coups de cœur voire vos coups de gueule ?
 

AS : Il y a une photographe qui m’inspire énormément, c'est Sarah Moon. Je suis aussi bien touchée par son travail dans la mode, en couleurs, que par ses noir et blanc qui me procurent beaucoup d'émotions. Les thématiques de ses images me parlent, c'est onirique, énigmatique. Hors du temps. Après, il y a pas mal de choses qui me plaisent comme Cathleen Naundorf, ses atmosphères et son traitement de la couleur. Il y a aussi des choses qui ne me parlent pas du tout. Je vais souvent à la MEP (Maison européenne de la photographie) et certaines approches sont trop narcissiques et ne m'intéressent pas. Ou alors je ne comprends pas la démarche. D'Agata m'interpelle par exemple et j'ai failli faire un stage avec lui. Mais ses images me dérangent un peu également.


 

DQR : Vous nous avez parlé de votre expo et de votre stage à Arles, quels sont vos autres projets ?
 

AS : J'ai un deuxième stage, avec Laure Vasconi cette fois. Ce sera un travail sur la lumière et la narration avec de l'éditing. Difficile mais intéressant pour trouver de la cohérence.


 

DQR : Un stage sur la narration couplé à vos images d'iPhone, vous allez être prête pour notre concours « iPhonographie : « L'histoire de vos vacances »...
 

AS : J'aimerais beaucoup. Tout comme participer à « Témoins des hommes » pour gagner un stage avec Jane E. Atwood.


 

DQR : Comment êtes-vous devenue une membre DarQroom ?

AS : Il y avait un article dans « A nous Paris » qui comparait différentes plateformes photo. DarQroom m'a interpellé et la plateforme a été un déclic pour montrer mes images. Je trouve ça convivial, il y a un bon état d'esprit et des échanges intéressants. On découvre plein de choses. J'aime aussi le côté haut de gamme dans la présentation des images et le possibilité de stocker de gros fichiers. DarQroom réunit beaucoup d'avantages.

 

 


Retrouvez la galerie d'Adeline Spengler et son profil DarQroom


Rédigé par La Rédaction le Vendredi 8 Juillet 2011








Commentaires

1.Posté par Coupé Claudine le 08/07/2011 16:03
Encore une belle interview d'une photographe que j'adore ! Un univers poétique et onirique envoutant, bravo Adeline !

2.Posté par mulas le 08/07/2011 16:07
ses photos sont magiques ... merci ...

3.Posté par Agnès Cassière le 08/07/2011 18:02
Bravo Adeline pour cette "mise à nu", l'impression de te connaitre un peu plus ...
Bonne poursuite .... dans l'attente de voir les résultats de tes prochains shoots !!

4.Posté par Adeline Spengler le 08/07/2011 23:50
Merci beaucoup à toutes les 3 pour vos réactions si positives...
Beaucoup de générosité depuis le début de la part d'Agnès et Claudine qui m'encouragent énormément.

Nouveau commentaire :
Twitter
B i u  QUOTE  URL

Interviews


DECOUVREZ LA PLATEFORME DARQROOM









Facebook | © icondock.com
Twitter | © icondock.com
Mobile | © icondock.com
Vimeo | © icondock.com