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Bruno Gill : « Le plaisir, c'est de shooter »C'est à la rencontre d'un véritable chasseur d'images que nous vous emmenons cette semaine. Toujours à l'affût, Bruno Gill n'a pas peur d'attendre pour obtenir LE cliché. Ce passionné de peinture est aussi un chirurgien du cadrage avec des compositions léchées qui nous ont donné envie d'en savoir plus. DarQroom : D'où vient votre passion pour la photo ? Bruno Gill : Je suis un passionné de peinture tout d'abord. Je l'ai beaucoup travaillé et j'ai d'ailleurs étudié les Arts à l'école Saint-Luc de Bruxelles. J'avais de l'argentique à l'époque. Mais je manquais de temps. Et la photo est assez proche de la peinture : on fige et on compose. Depuis environ 5 ans, avec le numérique, je m'y suis mis sérieusement, avec une démarche artistique car je n'aime pas trop la photo souvenir. Et cette pratique a comblé le manque laissé par la peinture. Comme je peignais des paysages, j'ai commencé par ce sujet en photos. Je pensais prendre mon appareil comme je prenais mon chevalet mais cela ne m'a pas plu. Je préfère les instantanés de la rue. En urbain, sans chercher de thème précis, on découvre toujours des scènes intéressantes. Ces choses uniques mais qui paradoxalement se renouvellent. DQR : Vous proposez sur DarQroom des images à la construction et au cadrage tirés au cordeau. Savez-vous d'où cela vous vient ? BG : Elles sont toujours travaillées mais faites instinctivement. Je trouve facilement mes cadrages. Cela provient certainement de ma passion de la peinture et de la composition, comme sur un tableau. Je n'ai pas de préjugés et je shoote même quand j'ai un doute. C'est d'ailleurs souvent celles que je garde. DQR : En observant vos images, on se demande même si cet œil vous sert professionnellement... BG : Au départ, je suis graphiste. Et je voulais être architecte. Petit, je faisais des plans de stade, je ne sais pas pourquoi. Mais on m'a dit et convaincu que j'étais nul en maths. Aujourd'hui, je me rends compte que je ne suis pas si mauvais que ça. DQR : Avez-vous une façon particulière de réaliser vos prises de vue ? En repérant les lieux par exemple ? BG : En France, il peut m'arriver de repérer un peu avant, mais à l'étranger non. Ce que j'aime, c'est prendre des chemins de traverse, dès le départ. Quitte à me perdre et à revenir ensuite sur les grands axes ou les chemins indiqués dans les guides. J'aime les « coulisses » et ne suis jamais déçu. Parfois, ceux qui m'accompagnent n'aiment pas trop car je m'aventure partout avec mon 7D monté d'un 30 mm et mon D90 couplé à un 18-200. DQR : Vous proposez de beaux portfolios mais ils contiennent finalement assez peu d'images. Est-ce parce que vous êtes très sélectif, parce qu'il vous est difficile de prolonger une série... ? BG : Pourtant je shoote beaucoup. Je ne sais pas l'expliquer. Je ne pars pas en shooting pour faire des séries mais j'arrive à en construire après la prise de vue. Au Maroc, je suis plus parti dans cette optique avec la volonté de traiter aspects traditionnels et modernes sous formes de diptyques carrés. Et dès ma prise de vue, je pensais au cadrage final. Par manque de temps, je n'ai toujours pas finalisé. Et la post-production m'intéresse peu. Le plaisir, c'est de shooter. DQR : Vous parlez de prises de vue à l'instinct mais vos images semblent refléter une vraie mise en scène. Vous les créez en restant à l'affût ? BG : J'attends, c'est vrai. Et j'anticipe. C'est pourquoi j'adore partir seul pour photographier, pour avoir ce temps, cette patience. Si j'ai décidé de faire une photo, je la fais. J'observe. Et ma patience est souvent récompensée, il y a toujours quelque chose qui se passe. Du coup, j'ai du mal à saisir l'instantané. Sauf pour mon image des retraités (voir ci-dessus) où il n'y a eu aucune attente. Et c'est celle qui a le plus plu ! J'y ai juste fait un peu de retouche sur le sol, pour l'éclaircir. DQR : Votre production se signale notamment par des couleurs explosives... BG : Cela vient toujours de mon travail pictural. Mais à l'inverse. Mes peintures sont épurées et contradictoires avec mes photos, même si elles sont très colorées. Je peignais vite et y mettais peu de détails. Je me concentrais sur la lumière et l'ambiance. L'idée dans mes tableaux était d'aller à l'essentiel par touche de couleur et d'épaisseur. Je ne sais pas si, inconsciemment, ça se répercute car j'ai oublié mon travail sur la peinture pour ne pas le singer avec mes photos. DQR : Sur le noir et blanc en revanche, vous explorez plusieurs directions. Est-ce une technique qui vous met moins à l'aise ? BG : Complètement. Je ne suis pas à l'aise, peut-être est-ce encore dû à ma pratique de la couleur. Et le numérique n'aide pas, car il y faut de la retouche. Ce n'est pas naturel pour moi et en dessin, je faisais d'ailleurs peu de noir et blanc. Mais j'aimerais bien. Cela m'intéresse car on va à l'essentiel et je vais peut-être m'y atteler. DQR : Parmi vos images, on découvre parfois des éléments « exotiques » ou en tous cas décalés comme sur vos images « Yellow » ou « Nature urbaine ». Ce sont des choses que vous recherchez ? BG : Pas vraiment. Mais si cela me passe sous les yeux, je déclenche. Ces scènes insolites réclament de la patience, il faut toujours avoir l’œil dans le viseur. Et puis j'aime utiliser les choses qui gênent, comme pour le fourgon jaune de « Yellow ». Car sinon on ne s'en sort pas, il y a trop d'éléments gênants. Alors je les intègre et les mets à mon avantage, sciemment. Ce qui compte, c'est que cela soit utile. DQR : Depuis que vous vous êtes « mis sérieusement à la photo », quel regard portez-vous sur votre progression ? BG : Elle est surtout technique, en termes de lumière par exemple. Je suis à l'aise avec mon boîtier, le mode manuel et les mesures également. Au début, ce manque de technique m'a évidemment fait louper des photos. Le reste, je ne le ressens pas. DQR : Dans vos influences, vous ne citez que des photographes anglo-saxons. Y a-t-il une raison ? BG : C'est vous qui me le faites remarquer ! J'aime juste leur travail, c'est simple. J'aime aussi Willy Ronis par exemple mais je suis moins à l'aise avec le noir et blanc, peut-être que cela vient de là. DQR : Qu'est-ce qui vous a amené à choisir DarQroom pour présenter votre travail ? BG : J'ai connu la plateforme au travers d'un article, dans un magazine de photos, qui en parlait en bien. Je suis allé voir et cela m'a plu tout de suite. Le site est bien fait, la communauté est active et fournie. De chez soi, on peut voir plusieurs expositions très différentes dans la même journée. Parfois, cela m'inspire. Et il y a des choses que j'aime mais ne ferai jamais. Les critiques m'intéressent également et systématiquement, je vais voir le travail de ceux qui me mettent des commentaires. Et en plus, on peut faire des tirages de super qualité. DQR : Des projets pour cette deuxième moitié de l'année ? BG : Je prépare un projet en Egypte et en Tunisie. Pour une fois, ce sera une série, sur les jeunes, un an après la révolution. Et comme j'aime bien la dualité, je ferai peut-être quelque chose avec des plus anciens. Je me pose la question. C'est un peu une démarche photo-journaliste, cela me plaît. Ce sera pour fin 2011, début 2012. Retrouvez la galerie de Bruno Gill et son profil DarQroom
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Rédigé par La Rédaction le Vendredi 1 Juillet 2011
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