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Michelle Rudelin : « La photo, un besoin impérieux »Sans nul doute, l'univers de Michelle Rudelin détonne. Ses compositions décalées, ses idées étonnantes, frappent les esprits. Imprégnée d'une forte culture artistique et surtout de la période surréaliste, cette grenobloise cultive en effet une créativité sans borne, quitte à ne pas toujours contrôler cette passion. Une approche qu'elle assume parfaitement avec humour mais aussi avec un certain recul. DarQroom : Votre production photographique est étonnante de créativité. Si vous deviez décrire votre approche, que diriez-vous ? Michelle Rudelin : J'ai toujours l’œil ouvert. Je me compare souvent à un chasseur. Et comme j'ai toujours mon appareil sur moi, où que je sois, quoi que je fasse, je shoote. Dans le bus pour aller au travail, dans la rue... Parfois sans m'en rendre compte. Cette idée du mouvement arrêté me plaît et j'apprécie tous les sujets. J’habite Grenoble, une ville très ancienne et j'aime aussi photographier les façades, les escaliers, les vues insolites. Il y a aussi beaucoup de choses que l'on ne se donne pas la peine de regarder, comme le ciel. En somme, j'ai un rapport très affectif avec l'appareil et avec la photo. C'est mon père qui m'a filé ce virus. Après, lorsque je transforme une image, ce que j'aime faire, j'y mets mes rêves, mes réflexions, mon humour... DQR : Justement, c'est cette touche créative qui fait votre patte. D'où vient cette façon de « refaire » les images ? MR : Je l'ai toujours eu. Pendant longtemps, je n'ai pas trouvé comment l'exprimer rapidement et la montrer. A 18 ans, j'ai rencontré l'univers Dada et les surréalistes. J'ai flashé. Le pop art m'a aussi beaucoup marqué. J'ai toujours voulu être peintre. J'ai commencé par des collages papier et j'en ai même fait une exposition. Mais c'était frustrant, trop plat. J'ai dessiné également. J'ai donc un passé sur l'Art mais cette envie ne se traduisait pas. La photo est venue petit à petit. J'ai eu Internet puis un premier compact et enfin Photoshop. Et là, Wow ! C'est devenu impérieux. Je sors plein de photos chaque jour, sans me poser de question. Ça coule, c'est du feeling pur. Comme de l'écriture automatique. DQR : Photoshop a donc été un révélateur et semble maintenant au centre de votre pratique photo. Comment l'utilisez-vous ? MR : Je m'y suis mis il y a deux ans mais cela fait huit mois que je comprends les masques par exemple. Avant, je « détruisais » mes photos, je faisais de la bidouille de fond de garage. J'ai lu des revues spécialisées, des bouquins mais cela m'a vite gonflé. Je préfère être autodidacte. J'ai des fonds de textures, des murs et des matières que j'ai shooté et que j'utilise régulièrement. Il y a souvent trois à quatre calques de ce style dans mes compositions. C'est comme un orchestre, il y a besoin de tous les éléments pour faire un ensemble. Mais je découvre encore certains réglages. DQR : Ce besoin de photographier énormément vous donne-t-il envie de le contrôler ou au contraire de le laisser couler, pour reprendre vos mots ? MR : Je contrôle sans contrôler. Quand je shoote, je sais que je vais en faire quelque chose. L'inspiration va venir sur un cliché et là je me lance et je contrôle moins. Mais j'ai appris à me faire confiance et à savoir m'arrêter. C'est difficile parce qu'il faut jeter un vrai regard sur son travail. DQR : Vous exposez sur DarQroom des travaux très variés. Est-ce parce que vous n'avez pas de thématique favorite ou tout simplement par expérimentation ? MR : Je m'ennuie très vite à faire toujours la même chose. Si je ne faisais que des images inspirées de la peinture, cela me lasserait. La référence au surréalisme est bien car dans cette période, il y avait peu de retenue. Les gens touchaient à tout et mettaient leurs tripes sur la table. Et Dada encore plus car il y avait de l'engagement, de la poésie et une distance vis-à-vis de la société. J'aurais aimé vivre à cette époque et je travaille avec tout ça en tête. Et puis, mes images sortent aussi de mon grenier, je fais plein de choses différentes car j'ai vécu plein de choses différentes. Je ne veux pas me cantonner et revendique cette variété. Cela permet de sortir du train-train car je travaille à l’usine. DQR : A ce propos, vous évoquez l'articulation de votre double vie dans votre profil ? Pourquoi ? MR : Simplement pour dire que j'ai un boulot à côté, en usine, avec des horaires durs et que c'est possible. Je brûle pour une passion mais cela peut se conjuguer. C'est important pour moi que la photo soit un truc à côté car il y a de l'intime dans mes images. Et cela m'aide, en photo comme au boulot. DQR : Pour revenir sur vos images, vous avez aussi des séries moins « alambiquées » comme celle sur la nature (http://miminepo.darqroom.com/portfolio/nature-38839)... MR : C'est un contrepoids. Quand je fais de la photo « pure », cela me repose. J'ai fait beaucoup d'images avant que le post-traitement numérique existe et cela fait partie de moi de montrer des choses simples qui m'ont touché. Le minimalisme peut être bon. C'est nécessaire, j'en ai besoin. Mais ces images là plaisent moins. Peut-être à cause de la qualité car je suis limitée avec mon appareil photo et suis toujours en auto. DQR : Où puisez-vous toutes vos idées ou plutôt, comment naissent-elles ? MR : Le principal, c'est de mettre quelque chose d'incongru sur quelque chose de normal, comme dans Snail Cat. Un escalier en colimaçon, c'est tellement récurrent en photo que je voulais y rajouter quelque chose. Cela va bien ensemble et pourtant n'a rien à voir. Et c'est pour cette raison que je les ai associés. Il y a une forme de provocation mais légère. Si un internaute a eu une journée de m... à 3000 km de là et que mon image l'a fait sourire, je suis contente. C'est gratifiant, cela veut dire que j'ai réussi. J'aime mettre en scène en détournant. A une époque, je récupérais des choses dans les poubelles du 16e pour créer ! Mais je ne mets pas tout en ligne. Et j'ai beaucoup d'idées qui germent dans les transports car je n'ai pas de voiture. La publicité et la société de consommation m'inspirent car je suis un peu retors. Je pique des morceaux pour détourner, parfois sans que cela ne se voit. DQR : Pour quelles raisons avez-vous choisi DarQroom ? MR : C'est un ami photographe, Laurent Ferrière, qui me l'a fait connaître. Je cherchais à confier mes travaux et j'ai été très vite conquise. J'aime tout, les couleurs, le design... Je fais aussi quelques tirages et j'ai vendu le premier il y a peu en Digigraphie. Pour moi, c'est une récompense après plusieurs années d'images. Et avoir des retours c'est bien car on travaille en aveugle. DQR : Quels sont vos projets à venir ? MR : Il y en un qui me tient à cœur, c'est de faire une exposition mais pas avec peu d'images. J'ai une amie chorégraphe et faire un événement avec elle autour du mouvement, ça me plairait. Quelque chose qui ne serait pas traditionnel en somme. Mon frère et ma sœur font aussi de l'image et faire un truc en famille serait également top. Un rêve. Retrouvez la galerie de Michelle Rudelin et son profil DarQroom
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Rédigé par La Rédaction le Vendredi 5 Août 2011
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