Cybèle Desarnauts, une photographe au coeur de la Marine
Cybèle Desarnauts a choisi DarQroom pour partager ses images et bientôt les commercialiser. Nous l'avons rencontré au moment de la sortie de son premier ouvrage: un recueil photographique intitulé "Au coeur du Mistral".
Quand et comment avez-vous débuté en photographie ?
J’ai commencé la photographie à l’age de 14 ans, mon père m’a donné son Pentax Spotmatic argentique, avec un objectif 50mm à 1.4, qui l’avait suivi lors de ses differents voyages. J’ai appris la photographie seule, de manière intuitive. C’était ma première histoire d’amour. Puis, passage à l’école supérieure d’Arts Graphiques (ESAG Penninghen) où j’ai pu découvrir l’émotion et le plaisir de faire des portraits.
A quel moment avez-vous décidé de devenir professionnelle?
Après quelques années, en tant que Designer en Agence de Design, puis en indépendante, je me suis remise à mes premiers amours : La photographie. J’avais besoin d’un retour aux sources, de me connecter intimement à ce que je ressentais, de capter à nouveau des émotions sur les visages. C’était une nécessité.
Vous venez de sortir aux Editions du Golfe un ouvrage consacré à un navire de la Marine Nationale, est-ce votre premier livre?
Oui, une vraie et magnifique aventure. De jolies rencontres, de curieuses coïncidences, les choses se sont faites très rapidement après mon embarquement sur le “Mistral”. J’ai eu beaucoup de chance. J’ai pu trouver des éditeurs, les portes se sont ouvertes, le SIRPA Marine m’a donné ses accords pour poursuivre mes projets. Ma grande chance est d’aimer me fondre dans cet univers, capter le quotidien d’un marin, l’effort visible sur leurs visages, chose qui a été très peu exploitée dans cet univers jusqu’à aujourd’hui, généralement vue d’un oeil masculin, plus sensible aux techniques et aux actions militaires.
Une anecdote à propos de ce travail un peu particulier dans un milieu plutôt masculin?
Je n’ai jamais ressenti de gêne ou de malaise, du fait que je sois une femme dans cet univers militaire. En revanche, certains de mes amis étaient beaucoup plus inquiets de me voir embarquer avec 600 hommes à bord d’un navire militaire!
La difficulté pour un photographe est de se rendre invisible et j’étais un peu inquiète quant à mes capacités à disparaître, femme, civile, embarquée sur un navire de la Marine nationale. Mais, après les questionnements de rigueur des matelots, un uniforme (indispensable !), j’ai expliqué ma démarche, et j’ai reçu un accueil extrêmement chaleureux, bien loin de la rigueur à laquelle je m’étais attendue.
Ce qui m’a le plus touché, en revanche, était de retrouver les matelots, il y a 15 jours, lors du parrainage du navire au Havre. Soit 9 mois après mon passage à bord. Ils souhaitaient que je réembarque avec eux ! Un des marin m’a dit que je faisais un peu partie de l’équipage grâce à ce travail photographique, et que j’avais une place particulière à bord. Un autre marin m’a avoué qu’ils ne donnaient pas forcément l’accueil que j’avais reçu, à tous les photographes qu’ils reçoivent habituellement, pourtant nombreux. Ma démarche photographique, dans le portrait, fait que ces hommes et femmes, se sont totalement livrés à moi, et je crois que cela les a particulièrement touchés. C’est une expérience humaine incroyable pour moi.

Portrait de marin en mode "détente".
- Pourquoi la Marine?
J’aime le challenge et me dépasser. Et lorsque j’ai décidé de traiter ce reportage sur le Mistral, ce qui m’a le plus enthousiasmé, c’était de montrer un visage de la Marine que les gens ne connaissent pas, surtout lorsqu’ils ne sont pas de cet univers. Aujourd’hui, si on demande à quelqu’un, quelle image se fait-elle d’un marin, elle va répondre : un Commandant, en uniforme, sur un porte-avion. Cela peut sembler exagéré, mais tentez le coup, je ne suis pas loin de la vérité !
Cet univers baigne dans les clichés, les images d’Épinal, et qui ne correspondent absolument plus à ce qu’elle est aujourd’hui. Je ne m’intéresse pas à l’action et aux techniques militaires. Ce qui me fascine, ce sont les Hommes. Cet univers. Tellement loin de l’image de ce que les gens en ont. Univers où les valeurs sont fortes, où les hommes sont soudés, obligatoire pour qu’un équipage prenne bien, où la vie des uns dépend des autres. La Marine a changé, a évolué, mais son image est restée la même dans nos têtes.
C’est un peu comme un challenge pour moi. J’ai compris qu’elle n’avait jamais été abordée sous cet angle-là auparavant, c’est pour cela que j’ai un véritable plaisir à le faire. J’ai l’impression d’apporter à ces hommes tout le mérite pour le travail qu’ils font. Car il y a des centaines de métiers dans la marine, et certains sont méconnus, et pourtant, quelles que soient les unités que j’ai photographiées, des plongeurs démineurs, aux marins pompiers, aux ateliers militaires, ces Hommes sont des passionnés. Comme j’en ai rarement vu, et c’est un véritable plaisir. Ils travaillent sans autre satisfaction que celui du service rendu.
J’ai l’impression d’apporter un regard différent de ce qui a été fait jusqu'à aujourd’hui, quelque chose qui met en avant l’humanité de cet univers.
- Quelle est votre vision de la photographie ?
J’aime par-dessus tout les portraits, les regards, les mains. Je trouve que ces parties du corps en disent long sur une personne, un caractère.
J’aime les contrastes. Que ce soit de lumière, de caractère. J’aime l’inattendu.
C’est bien pour que cela que je ne cherche pas à faire une “jolie” photo. J’aime être surprise par les événements mais surtout, saisir des choses plus inattendues. Comme la beauté à travers la fatigue, l’effort. Je n’aime pas les photos clichées, ce que je veux montrer c’est le vrai visage des sujets que je photographie. Je ne cherche pas à composer pour faire une belle image.
Ce qu’il y a de magique dans la photo, c’est que parfois, l’oeil derrière l’objectif, on sait que LA photo va arriver. C’est une question de minute. Parfois, elle nous surprend. C’est toujours un mystère… Celui de l’instant. Celui où un regard saisi donnera toute sa force à la photo, sans ce coup d’œil du sujet, la photo n’aurait probablement pas été intéressante.
C’est ce que j’aime dans la photographie. Nous sommes là pour immortaliser, saisir la beauté, la magie de certains instants, mais nous ne pouvons pas forcer l’image, c’est l’image qui vient à nous. Nous pouvons juste la saisir et l’imprimer sur un film.
Si je devais dire un seul mot : Spontanéité. Je crois que c’est ce qui correspond le mieux à ma manière de travailler.
· Quels maîtres, classiques de la photographie, admirez-vous le plus ?
Avedon pour la force de ses portraits, l’humour et l’acidité de Martin Parr, Duane Michals pour la poésie de son travail, la photographie suggestive de Paolo Pellegrin qui invite au dialogue, Gregory Colbert pour mieux se perdre dans la force et la spiritualité des regards, les reportages de Koudelka , Willy Ronnis et son regard humaniste, photographe de l’instant.
Retrouvez la Galerie de Cybèle Desarnauts et son Profil DarQroom
Commandez son livre en ligne: Editions du Golfe
DarQroom, partenaire de la soiree Wi-Filles
DarQroom a participé à la dernière soirée Wi-Filles en mettant en place un studio photo.
Chaque participante a ainsi pu se faire shooter par Jonathan Smadja, puis a reçu quelques jours plus tard un tirage 18x27 de son portrait, offert par DarQroom.
Les photos de la soirée sont disponibles ici.
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